En obtenant la signature d’un protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement des FDLR, Kinshasa affirme avoir levé l’un des arguments majeurs invoqués par Kigali pour justifier sa présence militaire à l’Est de la RDC. La réaction rwandaise, qui rejette ce texte, interroge sur les véritables motivations du Rwanda dans la région.
Le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a annoncé mardi 28 juillet à Kinshasa que la direction politique et militaire des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) avait signé un protocole d’engagement dans un processus de désarmement, démobilisation et cantonnement, dans le cadre de la mise en œuvre des accords de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda.
Selon le ministre, les FDLR ont assorti leur adhésion de deux conditions : la mise à disposition de camps de cantonnement suffisamment sécurisés et viables, et l’exclusion de tout retour forcé au Rwanda, le rapatriement devant rester strictement volontaire. Kinshasa affirme avoir jugé ces conditions acceptables. Congo Quotidien
Pour le gouvernement congolais, cette signature retire à Kigali l’un des motifs qu’il avance depuis des années pour légitimer le maintien de ses troupes en territoire congolais et son soutien allégué à la coalition AFC/M23.
Kigali dénonce une manœuvre
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a rejeté le protocole, le qualifiant de manœuvre dépourvue de fondement juridique au regard des accords de Washington et de son Concept des opérations (CONOPS), qui prévoit la neutralisation des FDLR dans un délai fixé plutôt qu’un simple engagement déclaratif. Il a accusé Kinshasa d’avoir, depuis la signature des accords, renforcé son soutien à des combattants FDLR partiellement intégrés aux forces armées congolaises, et d’avoir facilité la structuration politique de personnalités proches de l’ancien régime rwandais. ChimpReports
Ces accusations rwandaises n’ont pas été confirmées de façon indépendante à l’heure où nous publions.
Un dossier qui échappe au script rwandais
La question des FDLR figure depuis trente ans parmi les revendications sécuritaires centrales du Rwanda pour justifier sa posture à l’Est congolais. En obtenant l’adhésion même conditionnelle de la direction du mouvement à un processus de démobilisation, Kinshasa prive Kigali d’un argument qu’il utilisait de longue date. La virulence de la réaction rwandaise face à une annonce qui, sur le papier, répond précisément à l’une de ses exigences historiques, alimente les interrogations sur ce que le Rwanda recherche réellement en RDC : la neutralisation effective des FDLR, ou le maintien d’un prétexte à sa présence militaire dans une région riche en ressources.
Le protocole reste conditionnel et sa mise en œuvre dépendra de la capacité de la RDC et de ses partenaires internationaux à sécuriser des sites de cantonnement viables un défi qui a fait échouer plusieurs tentatives antérieures de désarmement.




