Les Nations Unies n’ont pas littéralement redessine le monde, mais elles ont approuvé un effort dirigé par l’Afrique pour changer la façon dont le monde est représenté.
Le vendredi 2 septembre 2026, l’Assemblée générale a soutenu une résolution encourageant l’utilisation de cartes du monde plus précises sur le plan géographique, y compris la projection Equal Earth 2018, plutôt que de s’appuyer autant sur la projection familière de Mercator.
Le vote a été écrasant : 164 pays ont soutenu la résolution, six se sont abstenus, et seuls les États-Unis ont voté contre. La résolution n’est pas juridiquement contraignante et n’interdit pas Mercator, qui reste utile pour la navigation. Son importance réside donc moins dans le fait de changer les cartes du jour au lendemain que de remettre en question ce que ces cartes ont appris à des générations de personnes à voir.
L’Afrique défie le cadre
L’argument géographique est simple. Mercator, développé en 1569 pour la navigation, agrandit de plus en plus les masses terrestres à mesure qu’elles se déplacent vers les pôles. Cette distorsion peut rendre le Groenland comparable à l’Afrique, bien que l’Afrique soit environ 14 fois plus grande.
Mais la campagne africaine soutient que les conséquences vont au-delà des mathématiques cartographiques. Les cartes apparaissent dans les salles de classe, les journaux, les bureaux gouvernementaux, les sites Web et les plateformes numériques, ce qui signifie qu’une projection particulière peut influencer la façon dont les gens comprennent instinctivement l’échelle et l’importance relatives des différentes parties du monde.

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, dont le gouvernement a dirigé l’initiative de l’ONU avec le soutien de l’Union africaine, a capturé le message politique de la campagne avant le vote.
« Un monde juste commence par une carte juste. Le monde change. L’Afrique est également en train de changer. »
Ces mots sont importants parce que la campagne ne se passe finalement pas à corriger une distorsion visuelle. Il s’agit d’une tentative des gouvernements africains et des groupes de la société civile de remettre en question les hypothèses héritées sur la place du continent dans la géographie mentale du système international.
Dussey a fait cet argument explicitement lors de sa présentation de la résolution.
« Une carte équitable ne change pas la géographie du monde. Cela change la façon dont le monde est perçu. » Il a ajouté qu’une perspective plus juste pourrait fournir une base pour “une plus grande compréhension, un plus grand respect et une paix entre les nations”.
L’opposition américaine ajoute du poids géopolitique
La décision de Washington de s’opposer à la résolution a donné à la campagne une dimension politique supplémentaire. Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre la mesure, la décrivant comme la promotion d’un “programme idéologique” et arguant qu’elle détournait l’attention de ce que Washington considérait comme de véritables problèmes impliquant la paix internationale, la prospérité et les relations entre les États.
Ce désaccord expose deux interprétations concurrentes.
Du point de vue américain, l’ONU devrait se concentrer sur les problèmes mondiaux de fond plutôt que sur les questions symboliques de représentation cartographique.
Du point de vue africain, cependant, la représentation fait elle-même partie de la politique internationale parce que les perceptions de la géographie, de l’histoire et de l’importance sont façonnées par les institutions et l’éducation.
Le vote ne doit pas être interprété comme une preuve que l’Afrique s’est collectivement retournée contre les États-Unis. Les gouvernements africains ont des intérêts stratégiques et des priorités de politique étrangère différents. Ce que le résultat démontre plus clairement, c’est qu’une initiative dirigée par l’Afrique a pu obtenir un soutien exceptionnellement large à l’Assemblée générale alors que Washington se tenait seul dans l’opposition.
Du symbolisme à l’influence
La plus grande force de la campagne est aussi sa plus grande limitation : une carte plus précise ne donne pas automatiquement à l’Afrique plus de pouvoir géopolitique.




