Londres a annoncé mardi 8 septembre 2026 l’interdiction des importations en provenance des colonies israéliennes illégales et des sanctions contre ceux qui financent leur expansion. Des sources gouvernementales britanniques ont depuis confirmé que la mesure couvrira également les colonies de Jérusalem-Est occupée et du plateau du Golan syrien. Onze autres pays se sont associés à la démarche.
Devant la Chambre des communes, le chef de la diplomatie britannique Ed Miliband a annoncé un embargo sur les marchandises produites dans les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée, ainsi que la mise en place d’un régime de sanctions complet contre l’expansion coloniale. Le ministre a également opéré un changement de doctrine : le Royaume-Uni considère désormais comme illégale l’occupation israélienne de la Cisjordanie elle-même, et non plus seulement les colonies.
Le dispositif dépasse le seul commerce de biens. Il prévoit des sanctions contre les organisations, entreprises et personnes fournissant construction, infrastructures, financement ou services immobiliers aux colonies, une interdiction totale de la publicité au Royaume-Uni pour la vente de biens immobiliers dans les colonies, des sanctions contre des colons accusés d’avoir soutenu ou incité à des violences, et le refus de toute nouvelle licence d’exportation d’armes ou de biens contribuant matériellement à l’occupation. Selon les chaînes américaines, l’entrée en vigueur effective de l’interdiction prendrait de six à neuf mois.
Golan et Jérusalem-Est inclus
Des sources gouvernementales britanniques ont confirmé jeudi soir au site Middle East Eye que les colonies israéliennes du Golan occupé et de Jérusalem-Est seront bien couvertes par les nouvelles mesures, un point que l’annonce initiale n’avait pas tranché. Des sources au Foreign Office ont fait la même confirmation au site The New Arab. Israël a conquis le Golan sur la Syrie en 1967 avant de l’annexer, une décision jamais reconnue par la communauté internationale : la résolution 497 du Conseil de sécurité de l’ONU qualifie la loi israélienne d’annexion de nulle et non avenue et sans effet juridique international. Environ 20 000 colons israéliens y vivent aujourd’hui aux côtés de quelque 26 000 habitants autochtones, majoritairement druzes, qui se considèrent comme syriens.
L’extension au Golan est politiquement sensible : elle contredit frontalement la reconnaissance, par l’administration Trump en mars 2019, de la souveraineté israélienne sur le plateau.
Douze pays, un même front
Le même jour, les ministres des Affaires étrangères du Canada, du Danemark, de la Finlande, de la France, de l’Islande, de l’Irlande, de la Norvège, de la Pologne, du Portugal, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni ont publié une déclaration commune annonçant leur intention d’introduire des restrictions nationales ou de soutenir des restrictions européennes sur le commerce avec les colonies, ou d’étudier activement de telles mesures. Le texte cite explicitement la publication des appels d’offres pour le projet de colonisation E1, à l’est de Jérusalem, qui menace la continuité territoriale d’un futur État palestinien.
Plusieurs de ces pays avaient déjà agi. L’Espagne interdit déjà l’importation de produits des colonies et la publicité commerciale associée ; la Belgique a adopté en juillet un projet de règles refusant les autorisations pour ces marchandises ; l’Irlande a approuvé un projet de loi d’interdiction ; les Pays-Bas ont adopté une interdiction nationale d’importation, d’achat et de vente entrant en vigueur le 22 septembre ; la Norvège a soumis à consultation publique un texte interdisant importations et exportations vers les colonies.
Une base juridique : l’avis de la CIJ
Ces décisions s’appuient sur l’avis consultatif rendu le 19 juillet 2024 par la Cour internationale de justice. La Cour y a conclu que la présence israélienne dans le Territoire palestinien occupé est illicite, qu’Israël doit y mettre fin au plus vite, cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation et évacuer les colons, et que tous les États ont l’obligation de ne pas reconnaître comme légale la situation née de cette présence. L’avis précise que les États doivent s’abstenir de relations économiques ou commerciales avec Israël portant sur ces territoires lorsqu’elles consolident sa présence illicite.
Riposte israélienne immédiate
Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a annoncé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem-Est, l’expulsion des représentants britanniques du centre de coordination civilo-militaire de Kiryat Gat, la fin de la formation dispensée par les forces britanniques aux services de sécurité de l’Autorité palestinienne à Ramallah, ainsi que l’interdiction d’entrée sur le territoire à douze personnalités britanniques. La liste comprend notamment les députés Jeremy Corbyn, Diane Abbott, John McDonnell, Zarah Sultana, Naz Shah et Richard Burgon, plusieurs élus écologistes, ainsi qu’un avocat. Gideon Saar a qualifié la démarche britannique de « moralement dévoyée » et accusé Londres d’ingérence à l’approche des élections israéliennes du mois prochain.Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a réclamé l’expulsion de l’ambassadeur britannique, tandis que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir appelait Benyamin Netanyahou à reconnaître, par représailles, la souveraineté argentine sur les Malouines.
Côté américain, l’ambassadeur des États-Unis en Israël Mike Huckabee a dénoncé une discrimination envers le peuple juif et averti que Washington pourrait riposter sur le plan économique ou politique, Donald Trump n’ayant pour sa part pas commenté publiquement la mesure.
Portée réelle
L’impact économique immédiat devrait rester limité : les produits des colonies ne représentent qu’une faible part des exportations israéliennes. Il s’agit principalement de dattes, de fruits, de légumes et de vin. S’y ajoutent des cosmétiques à base de minéraux de la mer Morte, des plastiques, textiles et matériaux de construction issus de zones industrielles comme Barkan, Mishor Adumim ou Atarot. La portée de la décision est donc d’abord politique et juridique : elle transforme une condamnation de principe en obligation de traçabilité pour les entreprises et les banques.
Au Royaume-Uni, la mesure divise. Le Parti vert y voit un « premier pas attendu depuis longtemps » et réclame des restrictions plus larges sur les biens, les services et les investissements, sans exception, quand le porte-parole conservateur des Affaires étrangères Tom Tugendhat met en garde contre le risque de divisions communautaires et de montée des violences antisémites au Royaume-Uni.




