Le gouvernement provincial du Sud-Kivu accuse l’armée rwandaise et le M23 « rénové » de déporter depuis le vendredi 30 octobre 2026 la population civile de Katogota, dans la plaine de la Ruzizi. À Burhinyi, dans le territoire de Mwenga, des sources locales affirment que le secrétaire de la chefferie a été tué pour avoir refusé d’enregistrer plus de 300 familles venues du Rwanda.
Dans un communiqué de l’exécutif provincial publié dimanche 01 novembre qui exige l’arrêt immédiat de ces déportations et le retour libre, sûr et digne des familles de Katogota dans leurs foyers. Il réclame aussi des enquêtes internationales et une assistance humanitaire. À l’heure où nous publions, aucun chiffre ne précise combien de familles sont concernées, et l’on ne sait pas où les personnes déplacées ont été emmenées.
Le gouvernement provincial invoque l’article 49 de la quatrième Convention de Genève, qui interdit le transfert forcé et la déportation de la population d’un territoire occupé quel qu’en soit le motif, et qualifie ces faits de crime de guerre. Il cite aussi un rapport d’experts des Nations unies remis le 30 décembre 2025, qui décrivait l’expulsion de civils de leurs terres par l’AFC/M23 dans les zones occupées du Nord-Kivu, puis le refus de leur en rendre l’accès.
Katogota se trouve dans le groupement d’Itara-Luvungi, en territoire d’Uvira. Pour ses habitants, ces nouvelles accusations rouvrent une plaie vieille de vingt-six ans. Le 14 mai 2000, pendant la deuxième guerre du Congo, des éléments de l’Armée nationale congolaise (ANC), branche armée du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), sont arrivés en camion dans le village et ont tué ses habitants maison par maison. Selon le rapport Mapping des Nations unies, ce massacre faisait suite à la mort d’un commandant de l’ANC dans une embuscade attribuée à une rébellion burundaise à l’époque.
Le nombre de victimes reste contesté. Le rapport Mapping parle de plusieurs dizaines de civils tués. En septembre 2000, Human Rights Watch faisait état d’au moins 30 morts, « possibly many more ». À l’époque, l’agence missionnaire MISNA avait avancé un bilan d’environ 300 personnes tuées les 14 et 15 mai, à une soixantaine de kilomètres au sud de Bukavu. Le RCD avait démenti, son porte-parole Kin Key Mulumba jugeant impossible qu’il ait tué 300 personnes. La communauté locale honore aujourd’hui 375 victimes : le chef du village, Eric Muvomo, a fait ériger un monument à leur mémoire, et le 14 mai est devenu jour de commémoration.
De nombreux corps avaient été jetés dans la Ruzizi, la rivière qui sépare la RDC du Burundi et du Rwanda. Vingt-six ans plus tard, personne n’a été jugé. Le 14 mai dernier à Uvira, lors de la 26e commémoration, les familles des victimes ont réclamé une garantie de non-répétition. Le gouvernement provincial rappelle d’ailleurs ce massacre dans son communiqué sur les déportations en cours.
Dans la chefferie de Burhinyi, le secrétaire administratif de la chefferie de Luhwinja, Masumbuko Cimanuka Maroy, a été tué en juillet. D’après les sources surplace, il avait refusé d’inscrire plus de 300 familles rwandaises parmi les habitants de la chefferie. Elles attribuent l’ordre de l’assassinat à un cadre local du mouvement rebelle qui était de passage dans ce coin pour matérialiser cette mission.
Les rebelles de l’AFC/M23 contrôlent Burhinyi et la chefferie voisine de Luhwinja depuis mai 2025, et occupent la mine d’or de Twangiza. Ce n’est pas le premier cas de ce type dans la zone. Le secrétaire administratif de la chefferie de Luhwinja, Masumbuko Cimanuka Maroy, a été abattu chez lui par des hommes armés dans la nuit du 7 au 8 juillet, à Ndola, dans le groupement de Kabalole. Les autorités locales ont alors affirmé qu’il avait payé de sa vie son refus catégorique de collaborer avec la coalition AFC/M23.
Ces deux affaires font écho aux alertes répétées du gouvernement provincial sur le peuplement des zones occupées. Dans un communiqué du 5 octobre, il estimait que l’extension des horaires d’ouverture de deux postes frontaliers contrôlés par l’AFC/M23 pourrait faciliter l’entrée de nouvelles populations et leur installation dans ces zones. Il se déclarait opposé à toute politique de déplacement, de remplacement ou d’installation forcée des populations.




