Le Rwanda National Congress (RNC), parti d’opposition rwandais en exil, a adressé ce lundi 2 novembre une lettre ouverte au secrétaire général des Nations unies. Il y demande le retrait immédiat de tous les militaires et policiers rwandais des opérations de maintien de la paix. Le RNC invoque les sanctions imposées par les États-Unis à l’appareil de défense de Kigali.
La lettre est signée par Dr Emmanuel Hakizimana, au nom du RNC et d’organisations de la société civile rwandaise qui lui sont affiliées. Outre António Guterres, elle s’adresse à la présidence du Conseil de sécurité, à Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint aux opérations de paix, et au responsable onusien chargé de l’Afrique.
Le parti d’opposition réclame une réponse « publique et datée » sur quatre points : le calendrier du retrait complet des personnels rwandais, la date de rapatriement des contingents déployés, l’arrêt des remboursements versés au gouvernement rwandais et un plan pour les remplacer.
Selon le RNC, le Rwanda était en 2025 le deuxième contributeur de personnels en uniforme aux missions onusiennes, avec 5 880 militaires et policiers. Le parti estime à environ 104 millions de dollars américains les sommes versées en un an à Kigali au titre des remboursements par soldat. Il juge contradictoire que l’ONU place « sous le casque bleu » des forces que Washington sanctionne pour leur soutien à un groupe armé. Ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés de façon indépendante. Une source rwandaise récente fait état de plus de 4 500 personnels déployés au Soudan du Sud et en Centrafrique.
La démarche fait suite à la décision du Trésor américain du mercredi 28 octobre. Son Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a sanctionné le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, une institution financière au service des forces de sécurité rwandaises. Washington accuse le ministère d’avoir déployé des milliers de soldats au Nord et au Sud-Kivu aux côtés des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Selon le Trésor, Zigama a aussi facilité l’achat d’armes et l’acheminement d’or extrait en zone rebelle vers Kigali. La Rwanda Defence Force (RDF) était elle-même sous sanctions américaines depuis le 2 mars 2026.
Kigali rejette ces accusations. Le gouvernement rwandais avait jugé « unilatérales » les sanctions de mars. Le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a affirmé que l’engagement de son pays dans le maintien de la paix ne céderait ni à l’intimidation ni aux sanctions.
Le débat n’est pas nouveau. Des enquêtes journalistiques, dont celle du consortium Forbidden Stories, ont décrit comment Kigali utilise son poids dans les missions onusiennes comme un levier diplomatique face aux critiques sur sa présence dans l’Est de la RDC. À l’heure où nous publions, les Nations unies n’avaient pas réagi publiquement à la lettre du RNC.




