Le projet de chemin de fer à écartement standard (SGR) qui doit relier le port de Dar es Salaam au Burundi et à l’Est de la RDC passe des plans aux chantiers. Derrière ce programme d’infrastructures se trouve un travail de coordination régionale mené depuis plusieurs années par l’Agence de Facilitation du Transport en Transit du Corridor Central (CCTTFA).
Une fois le réseau terminé, les marchandises iront du port de Dar es Salaam jusqu’au lac Tanganyika en moins de 24 heures. Aujourd’hui, le même trajet prend plusieurs jours sur des routes encombrées. Dans l’ouest de la Tanzanie, la ligne se séparera en deux : une branche partira vers le Burundi et l’autre vers le port de Kigoma, d’où le fret traversera le lac vers les ports congolais comme Kalemie.
Le chantier le plus important est le lot 6, entre Tabora et Kigoma. La présidente Samia Suluhu Hassan a posé la première pierre de ce tronçon de 506 kilomètres le 20 juillet 2026, un investissement de 2,74 milliards de dollars qui relie le port de Dar es Salaam au lac Tanganyika. Les travaux avaient commencé avant le lancement officiel et dépassaient déjà 10 % au 20 juillet. Selon le gouvernement, ils devraient créer environ 15 000 emplois dans les régions de Tabora et de Kigoma. La mise en service est prévue pour 2030.

L’ouvrage le plus visible du lot 6 est le pont de Malagarasi. D’après Railways Africa, il était achevé à 96 %. L’agence Xinhua a ensuite annoncé la pose de la dernière poutre de ce pont de 433,5 mètres, construit par China Civil Engineering Construction Corporation. Sur l’ensemble du SGR, les trains de passagers doivent rouler à 160 km/h et les trains de marchandises à 120 km/h. (Tanzania’s Malagarasi Bridge Reaches 96 Percent Completion under SGR Phase 2 +2)

Pour le Burundi, ce sera la première voie ferrée de son histoire. Le 29 janvier 2025, la Tanzanie et le Burundi ont signé un accord de 2,15 milliards de dollars pour construire une ligne SGR de 282 kilomètres entre Uvinza et Musongati, en deux phases : Uvinza–Malagarasi (180 km), puis Malagarasi–Musongati (102 km). Phase B : un prolongement de 46 kilomètres reliera ensuite Musongati à Gitega.
La CCTTFA regroupe la Tanzanie, le Burundi, la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Elle a joué un rôle central dans la préparation de ce programme. Lors de la pose de la première pierre de la ligne Uvinza–Musongati, en présence du président Évariste Ndayishimiye, le secrétaire exécutif de l’agence a rappelé ce que le Corridor Central avait fait pendant la phase préparatoire : faciliter les accords tripartites et bilatéraux, mobiliser les ressources des gouvernements et des partenaires au développement, et coordonner les aspects techniques.
Ce projet ne date pas d’hier. Dès son plan stratégique 2021-2025, le Corridor Central plaçait parmi ses priorités la construction du SGR Uvinza–Musongati et la construction et la réhabilitation des ports de Bujumbura, Rumonge et Kabonga au Burundi. Côté congolais, Me Flory Okandju, secrétaire exécutif du Corridor Central, a animé à Kindu, dans la province du Maniema, une séance d’orientation stratégique avec la population locale sur le SGR électrifié.

L’agence porte aussi des projets complémentaires qui concernent directement l’Est de la RDC. Parmi eux, la route Port de Kalundu–Uvira–Kamanyola–Bukavu, longue de 50 km, doit réduire les coûts et les délais de transport le long du corridor.
Selon la fiche d’investissement présentée en octobre 2025 à Luanda dans le cadre du PIDA de l’Union africaine, les prolongements vers la RDC devraient être achevés d’ici 2035, et l’ensemble des tronçons pleinement opérationnels en 2036. Le réseau est conçu pour transporter jusqu’à 35 millions de tonnes de fret par an.
Pour Uvira, Bukavu, Kalemie et tout l’Est congolais, cette ligne pourrait réduire les coûts d’importation et faire du lac Tanganyika un véritable carrefour logistique. Reste à savoir si les chantiers respecteront le calendrier et si la sécurité dans l’Est de la RDC permettra de prolonger le corridor jusqu’au bout.




